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Principe 7 — Master Data : des objets maîtres aux sources gouvernées

Repère de lecture
Public cible Architecte, Métier, Sponsor
Temps de lecture 12 min
Usage Guider les décisions de conception et vérifier la cohérence des arbitrages

Intention

FLOW ne doit pas reprendre sans recul la notion ERP de Master Data.

Cette notion a une histoire utile, mais elle est devenue trop ambiguë pour concevoir une plateforme distribuée comme FLOW.

Le piège est de croire que le MDM consiste à lister les objets "maîtres" de l'entreprise.

La culture ERP conduit souvent les concepteurs à représenter l'entreprise comme un modèle complet : objets, attributs, tables de paramétrage, relations et cardinalités, comme si tout devait être stabilisé au même endroit.

Cette étape devient risquée si elle arrive trop tôt.

Avant la spécification détaillée, FLOW doit d'abord découper l'information en sources, identifier les responsabilités, déterminer les processus de contrôle et expliciter la gouvernance de ces sources.

Ce changement de pratique est central : on ne part plus d'un modèle unique à compléter, on part des responsabilités qui rendent une information fiable pour un usage donné.

Pour FLOW, faire du MDM consiste plutôt à identifier les sources de référence, les projections et les responsabilités de gouvernance qui rendent une information fiable pour un usage donné.

Cette gouvernance couvre deux situations complémentaires :

  • les informations au repos : objets stables, politiques, facts, documents, nomenclatures ou projections maintenus dans un domaine ;
  • les informations en circulation : commands, events, facts, documents ou vues publiés vers d'autres domaines sous contrat de données.

Une approche MDM utile ne commence donc pas par demander quelle liste d'objets doit être déclarée Master Data.

Elle commence par identifier quelles informations font référence, pour quel domaine, quel usage, quel niveau de qualité, quel processus de contrôle, quelles projections de consommation et quels contrats de circulation.

Dans un ERP, Master Data désigne souvent les objets stables qui donnent du contexte aux transactions : client, fournisseur, article, site, emplacement, condition, centre de coût ou compte comptable.

Dans une démarche de Master Data Management, le même terme renvoie plutôt à des processus de mise en qualité, de déduplication, de consolidation, de gouvernance et de diffusion d'informations partagées.

Dans FLOW, ces deux lectures ne suffisent pas.

Le programme doit qualifier les informations selon des dimensions explicites, simples et utilisables pour la cartographie fonctionnelle.

Principe

FLOW ne transforme pas le MDM en inventaire d'objets "maîtres".

Faire du MDM, c'est identifier les sources de référence, les projections et les responsabilités de gouvernance qui rendent une information fiable pour un usage donné.

FLOW ne classe pas les informations en Master Data par héritage ERP.

FLOW qualifie chaque information selon sa nature et son statut dans le domaine : source de référence ou projection.

Une information ne fait référence que pour un domaine, un usage, un consommateur ou une décision explicitement qualifiés.

Lorsqu'elle circule, cette information doit être publiée, consommée, supervisée et réconciliée sous contrat de données.

Ce principe permet de concevoir la plateforme autour de la cohérence opérationnelle, et non autour d'une taxonomie héritée d'un progiciel.

Les dimensions plus techniques — mode d'échange, granularité unitaire ou masse, protocole, synchronisation, API ou événement — seront utiles plus tard pour concevoir les interfaces.

Elles ne doivent pas alourdir la première cartographie fonctionnelle.

D'où vient la notion de Master Data ?

Historiquement, la notion vient de l'informatique de gestion batch et de la distinction entre master file et transaction file.

Master file
    → fichier principal, relativement stable
    → contient les enregistrements nécessaires au traitement

Transaction file
    → fichier des mouvements ou opérations
    → vient utiliser ou mettre à jour le master file

Dans cette lecture historique, les master data sont les données principales qui décrivent les entités métier utilisées par les transactions.

Par exemple :

Customer master file
    → client, adresse, conditions, statut

Transaction file
    → commandes, paiements, retours

Cette distinction était utile dans des systèmes structurés autour de traitements batch, de fichiers principaux et de mouvements.

Elle devient cependant insuffisante dans un SI distribué, événementiel, composé de domaines, de plateformes, d'applications spécialisées et de projections multiples.

Ce que SAP a popularisé

SAP n'a pas inventé la notion de Master Data, mais l'a rendue très visible dans les projets ERP.

Dans SAP, les master data sont des objets stables du modèle applicatif qui contextualisent les transactions.

Exemples typiques :

Material
Customer
Vendor
Business Partner
Plant
Storage Location
Condition Record
Cost Center
G/L Account

Cette approche est cohérente dans un ERP, car le progiciel impose un modèle intégré dans lequel les transactions s'appuient sur des objets structurants.

Mais pour FLOW, cette catégorie devient trop large.

Elle mélange :

  • des objets métier ;
  • des nomenclatures ;
  • des documents ou références documentaires ;
  • des politiques, règles et paramètres ;
  • des faits utilisés pour décider ;
  • des informations sources et des projections ;
  • des éléments qui n'ont pas la même responsabilité dans l'architecture fonctionnelle.

Le risque est alors de déplacer dans FLOW le fourre-tout ERP sans clarifier les responsabilités réelles.

Master Data Management n'a pas le même sens

Le Master Data Management ne désigne pas seulement une catégorie de données.

Il désigne une discipline et des processus permettant de rendre certaines informations cohérentes, fiables, gouvernées et réutilisables dans plusieurs systèmes.

Autrement dit, faire du MDM ne consiste pas seulement à décider que Customer, Vendor, Article ou Plant sont des master data.

La vraie question MDM est plus opérationnelle :

Quelle information doit faire référence ?
Qui la crée, la valide ou la maintient ?
Pour quel usage fait-elle autorité ?
Quelle qualité minimale est garantie ?
Quelles projections peuvent la consommer sans devenir maîtres ?

Il traite notamment de :

  • qualité ;
  • déduplication ;
  • consolidation ;
  • rapprochement ;
  • stewardship ;
  • diffusion ;
  • gouvernance ;
  • source de vérité ;
  • version ou enregistrement de référence.

Cette discipline reste utile pour FLOW.

Mais elle ne suffit pas à définir les natures d'information manipulées par la plateforme.

FLOW doit donc distinguer :

Master Data au sens ERP
    → catégorie applicative d'un progiciel

Master Data Management
    → discipline de qualité, gouvernance, diffusion et contrats

Qualification des informations FLOW
    → nomenclature simple pour cartographier la plateforme

Contrat de données FLOW
    → règle durable de publication, consommation, fraîcheur, qualité et réconciliation

Définition de base : information

Dans FLOW, une information est une donnée structurée suffisamment complète pour porter un sens métier.

Si on la découpe davantage, on perd le sens utile pour le métier, la décision ou le système.

Exemples :

Stock disponible
Produit demandé
Décision d'allocation
Événement de retard d'expédition
Document de livraison
Nomenclature des statuts commande

Une quantité seule, un code isolé ou un libellé peuvent être des attributs.

Ils ne constituent pas toujours une information métier complète.

Dimension 1 — Nature d'information

La nature d'information est une catégorie qui induit un comportement commun à toutes les informations associées.

Pour une première cartographie fonctionnelle, FLOW retient les natures suivantes.

Nature Définition Comportement attendu
Command Intention adressée à un système ou domaine pour demander une action Déclenche un traitement, peut être acceptée, refusée, mise en attente ou produire des événements
Event Signal indiquant qu'un changement significatif s'est produit Immuable, historisé, consommable par d'autres domaines
Fact Réalité métier observée, reçue ou calculée à un instant donné Utilisé pour constater, décider, promettre, allouer ou expliquer
Policy Règle, politique, paramètre ou contrainte qui influence une décision ou un comportement Gouvernée, versionnée ou contrôlée selon criticité ; appliquée par des décisions ou traitements
Objet métier Objet portant une identité, un cycle de vie et la responsabilité de sa cohérence à chaque mise à jour Gouverné par un domaine, protecteur de ses invariants, producteur d'événements
Document Pièce, preuve ou artefact métier reçu, généré, attaché ou transmis Conservé, référencé, validé, partagé ou transmis selon les obligations métier
Nomenclature Ensemble contrôlé de valeurs, codes ou classifications partagés Stabilise le vocabulaire, les statuts, les catégories ou les classifications utilisées par plusieurs domaines

Cette liste ne cherche pas à reproduire les catégories ERP.

Elle cherche à identifier ce que l'information fait dans la cartographie fonctionnelle : commander, signaler, constater, orienter, porter un cycle de vie, prouver ou classifier.

Dimension 2 — Statut dans le domaine : source de référence ou projection

La deuxième dimension décrit le statut de l'information dans un domaine donné.

FLOW retient volontairement deux statuts simples.

Statut Définition
Source de référence Le domaine, l'application ou le service crée, valide ou maintient l'information comme référence pour son périmètre ou son usage, avec un processus de contrôle identifié.
Projection Le domaine consomme une représentation issue d'une ou plusieurs sources de référence, adaptée à son usage.

Une information peut être source de référence dans un domaine et projection dans un autre.

C'est cette distinction qui remplace utilement la question trop vague :

Est-ce une master data ?

La bonne question devient :

Dans ce domaine, cette information est-elle source de référence ou projection ?

Exemples :

Information Nature Statut dans FLOW
Case Objet métier Source de référence
Allocation command Command Source de référence
Allocation decided Event Source de référence
Allocation decision Objet métier ou Fact selon le niveau de matérialisation Source de référence
Available stock Fact Source de référence si FLOW le calcule et l'expose ; projection s'il le consomme d'un autre domaine
Product execution view Objet métier représenté sous forme de projection Projection
Customer / Party view Objet métier représenté sous forme de projection Projection
Commercial agreement view Objet métier ou Policy selon l'usage Projection
Return policy Policy Source de référence ou projection selon le domaine responsable
Packing list Document Projection dans FLOW si produite par CBS ou un fournisseur
Order status nomenclature Nomenclature Source de référence ou projection selon le domaine qui la gouverne
Shipment delayed Event Projection dans FLOW si produit par Transport

Cette distinction est essentielle.

FLOW peut ne pas être source de référence du produit, du client ou d'un document fournisseur, tout en étant source de référence du Case, de certaines décisions, de certains événements et de certaines informations calculées comme la disponibilité ou la promesse.

Anti-pattern — copie devenue maître par accident

La distinction source de référence / projection sert aussi à éviter un anti-pattern très fréquent : la copie devenue maître par accident.

Le scénario est simple.

Une projection, une vue, un export, un cache ou un agrégat est créé pour rendre une information consommable.

Puis, parce que la source de référence est trop lente à corriger, trop éloignée du terrain ou mal gouvernée, les équipes commencent à corriger directement la copie.

La copie devient alors le vrai maître opérationnel, sans avoir :

  • le processus de création ou validation ;
  • les droits et responsabilités de modification ;
  • la traçabilité des corrections ;
  • la gouvernance de qualité ;
  • les contrats de publication et de réconciliation.

Ce n'est pas seulement un problème technique.

C'est un problème de gouvernance : une responsabilité métier a glissé vers un composant qui n'était censé être qu'un consommateur.

FLOW doit donc autoriser les projections, vues 360, data hubs et projections locales de décision, mais toujours avec une règle claire :

Une copie peut accélérer, consolider ou rendre consommable.

Elle ne devient source de référence que si le processus, la gouvernance et les responsabilités associées sont explicitement transférés.

Source de référence pour un usage donné

Dans un SI distribué, une information peut être accessible depuis plusieurs sources.

Ces sources ne portent pas nécessairement la même profondeur, la même fraîcheur, la même finalité ni la même responsabilité.

La question n'est donc plus :

Où est la Master Data ?

La question devient :

Pour ce consommateur, cet usage et cette décision, quelle source de référence fait foi ?

La source de référence est contextuelle.

Elle dépend de l'usage.

Exemple produit :

Usage Source de référence possible
Conception produit PLM
Contenu enrichi client PIM
Recherche et navigation Elastic ou plateforme commerce
Fulfillment Projection produit d'exécution consommée par FLOW
Facturation ou comptabilité ERP / Finance

Exemple stock :

Usage Source de référence possible
Stock physique entrepôt WMS ou ERP selon le modèle
Stock magasin Système magasin ou back-office retail
Stock disponible pour promesse FLOW Inventory Visibility, si FLOW calcule et expose cette information
Stock comptable ERP / Finance
Stock affiché au client Projection commerce alimentée par FLOW ou une autre source de référence

Une information n'est donc pas maître de manière absolue.

Elle fait autorité pour un usage, un consommateur, une décision ou un contexte donné.

Dimension 3 — Circulation sous contrat

Le MDM ne doit pas gouverner seulement les informations au repos.

Dans un SI distribué, une information devient souvent utile lorsqu'elle circule : un événement de stock, une décision d'allocation, une projection produit d'exécution, une nomenclature de statut ou un document fournisseur.

Une information en circulation n'est donc pas un simple flux technique.

C'est une information qualifiée qui quitte un domaine pour être consommée par un autre.

Elle doit conserver son contexte de gouvernance :

  • quelle information est publiée ;
  • quelle est sa nature : command, event, fact, policy, objet métier, document ou nomenclature ;
  • le domaine qui la publie est-il source de référence ou projection ;
  • quelle source de référence fait foi pour l'usage ;
  • quels consommateurs sont connus ;
  • quel mode d'échange est utilisé : event, API, query, synchronisation, stream ou batch ;
  • quelle granularité est attendue : unitaire ou masse ;
  • quelle fraîcheur est promise ;
  • quelle qualité minimale est garantie ;
  • quels mécanismes de supervision, reprise et réconciliation sont prévus.

Le contrat de données est l'objet de gouvernance qui porte ces engagements.

Il prolonge la qualification source de référence / projection dans la circulation entre domaines.

Information au repos
    → nature
    → source de référence ou projection
    → usage et qualité

Information en circulation
    → contrat de données
    → mode d'échange
    → consommateurs
    → fraîcheur et qualité promises
    → supervision, reprise, réconciliation

Ces dimensions ne doivent pas être confondues avec la nature de l'information.

Par exemple, Command est une nature utile dans la cartographie fonctionnelle, mais Command peut aussi devenir un mode d'échange dans la conception d'interface.

Le même mot peut donc être utilisé à deux niveaux différents, à condition d'expliciter le niveau d'analyse.

Le produit d'architecture Gouvernance des données en transit détaille cette responsabilité cible.

L'overview de la plateforme applique aussi la nomenclature command, event, fact, policy, objet métier, document et nomenclature aux produits FLOW dans la section Nomenclature d'information appliquée.

Conséquences pour FLOW

Ce principe conduit FLOW à :

  • abandonner la question générique est-ce de la Master Data ? ;
  • éviter le piège MDM = inventaire des objets "maîtres" de l'entreprise ;
  • qualifier chaque information selon sa nature ;
  • qualifier chaque information comme source de référence ou projection dans un domaine donné ;
  • éviter de transformer FLOW en méga-MDM ;
  • éviter qu'une copie, une vue ou une projection devienne maître par accident ;
  • éviter d'importer dans FLOW le modèle SAP sans le challenger ;
  • distinguer ce que FLOW contrôle comme source de référence de ce qu'il consomme sous forme de projection ;
  • contractualiser les informations qui circulent entre domaines ;
  • distinguer publication et consommation ;
  • expliciter les consommateurs, la fraîcheur, la qualité, la supervision, la reprise et la réconciliation ;
  • permettre à FLOW de produire des facts, events, commands ou objets métier sans devenir source de référence de toutes les informations du SI.

Matrice de qualification

Pour chaque information importante, FLOW devrait pouvoir renseigner une matrice simple.

Question Exemple de réponse
Quelle information ? Available stock
Quelle nature ? Fact
Dans FLOW, est-ce une source de référence ou une projection ? Source de référence si FLOW calcule et expose l'information
Quelle source de référence fait foi pour l'usage ? FLOW Inventory Visibility pour la promesse
Quel consommateur ? Case Management, commerce, service client, reporting
Quelle décision ou action sert-elle ? Promettre, allouer, substituer, réorienter
Circule-t-elle vers d'autres domaines ? Oui, vers commerce et service client
Quel contrat de données la gouverne ? Contrat AvailableStockPublished avec fraîcheur, qualité, consommateurs et réconciliation

Cette matrice permet de passer d'un vocabulaire vague à une conception explicite.

À retenir

FLOW ne remplace pas Master Data par une autre catégorie unique.

FLOW évite le piège MDM = inventaire des objets "maîtres" de l'entreprise.

FLOW qualifie les informations avec quatre questions simples pour la cartographie fonctionnelle :

Quelle est la nature de cette information ?
Dans ce domaine, est-elle source de référence ou projection ?
Pour quel usage cette source fait-elle autorité ?
Si elle circule, quel contrat de données la gouverne ?

Ce principe complète le principe sur la demande comme objet métier central.

La demande répond à la question :

Par quoi commence le modèle ?

La qualification des informations répond à la question :

Comment organiser les informations autour de ce modèle sans retomber dans le fourre-tout Master Data ?

Le pattern Sources de référence, projections et vues détaille cette méthode de cartographie.

Il explicite aussi les références MDM associées : System of Record, Source of Record, Golden Record, Master Data Management, DAMA-DMBOK et ISO 8000.